Guy PEGERE : Glaciations Quaternaire de la Montagne Auvergne

Guy PEGERE : Glaciations Quaternaire de la Montagne Auvergne

Les Glaciations Quaternaire

 

                                                                        De glaciation en déglaciation

                                                                        une très vieille Histoire de la terre

 

 

 

 

 

Les Glaciations Quaternaire

 

de la Montagne Auvergne

 

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Leurs Découvertes Controversées

Leurs Métamorphoses Périglaciaires et leurs Modelés

La Glaciologie une Science nouvelle des XVIIIe-XIXe siècles

 

  

-Essai de Paléoclimatologie-

 

 

 

Mots-clés :

 

Galets à facettes, Roches striées, Moraines, Blocs Erratiques, Cirques Glaciaires, Sols Polygonaux, Brioude, Lempdes, Lorlanges, Léotoing, Neussargues…

 

  

Cet essai sur les glaciations quartenaires de la Montagne Auvergne et leurs phénomènes érosifs associés renvoie quelque peu aux préoccupations sur les changements climatiques annoncés, la fonte des glaciers, la disparition des Ours polaires, modification des courants océaniques, la montée des océans induite qui menace 280 millions d’habitants.

  

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, a eu lieu à Paris une importante conférence sur le climat, la « COP 21 » réunissant 196 Etats. L’objectif était d’obtenir un accord International sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’au moins 55 % d’ici à 2030, par rapport au niveau de 1990. Espérons que les accords aient des effets concrets afin de limiter le réchauffement climatique. Soyons conscients, tout de même, que notre société est encore peu encline à prendre des mesures drastiques pour stopper les causes de ce changement climatique liées à l’anthropocène. Les émanations de gaz à effet de serre dues à l’utilisation d’énergies fossiles, par exemple, ne semblent pas pouvoir trouver de pendant écologique dans notre société actuelle encore trop imprégnée par le modèle capitaliste et ses devenirs à courts termes… La présence de glace sur Terre peut être quelque part la marque de la bonne santé de notre planète. Que peut-on en déduire ?

 

Les périodes de fluctuations de températures répondent à un mécanisme naturel qui a toujours existé et qui est aujourd’hui influencé par l’activité des Hommes. Laissons donc un peu l’humanité de coté… C’est à plusieurs de ces périodes fluctuantes et plus particulièrement aux périodes glaciaires en Auvergne que nous nous intéresserons.

 

 Cette annotation sur la glaciologie renvoie à un intervalle de l’Histoire géologique du Massif-Central Français, notamment aux événements climatiques cohérents, aux territoires d’altitudes, aux neiges éternelles solidifiées en glace, des Monts du Cézallier, du Sancy, jusqu’au Cantal. De ces territoires d’altitudes, nous aborderons plutôt leurs circonstances climatiques Périglaciaires. En d’autres termes, nous nous intéresserons aux glaciations dynamiques et destructrices entaillant les sols, disséquant les escarpements rocheux, inversement aux glaciations statiques types inlandsis des régions polaires.

  

Outre les personnes les plus avertis aux anciens évènements glaciaires, les géographes, géologues ou encore géomorphologues… Longtemps le plus grand nombre des individus ne s’est pas vraiment fait à l’idée des contrées d’Auvergne englacées. Comment les glaciers auraient pu exister là où aujourd’hui la neige n’est même plus sommitale au mois de juin ?

 

On ne peut évoquer la glaciologie Auvergnate, sans se remémorer les naturalistes du XIXème-XXIème siècle, desquelles nous citerons Yvonne Boisse De Black Du Chouchet (1892-1989), étudiante en géologie, docteure à l’Université de Paris… Cette jeune Aveyronnaise (née à Aurillac), d’une enrichissante existence, a su mettre en lumière les témoins glaciaires de l’Auvergne.

  

Les naturalistes Auvergnats seront les précurseurs aux anciens glaciers du plateau central, à une époque où la glaciologie commençait tout juste à s’associer aux Sciences de la Terre. La circonstance glaciaire Auvergnate ne sera pas immédiatement permise, un « immobilisme glaçant » subsista chez les climato-sceptiques qui se refusèrent de croire aux glaciers en terre Auvergnate.

  

 

Plan général :

  

Par paléoclimatologie, comprenons l’histoire climatique ayant régné à la surface de la terre dans le passé. Cette note voudrait, notamment, restituer au mieux les périodes glaciaires Quartenaire de l’Auvergne.

  

 

Modelé d’érosion dit périglaciaire :

 

Le périglaciaire (étymologiquement « près des glaciers ») renvoie à des territoires qui ont traits à des circonstances climatiques extrêmes. Le terme périglaciaire est énoncé au début du XIXème siècle par le glaciologue Polonais W. Von. Lozinski, publiant en allemand « Die Périglaziale Fazies der Mechanischen Verwitterung » (1909). Il relate des épiphénomènes atmosphériques extrêmes aux pourtours des glaciers, où le gel et le dégel joue un rôle important à l’époque du Mammouth ou encore du Renne…

  

Dans l’ensemble le substratum de terrain primitif est assez gélif pour interdire la pousse de végétaux. En de rares endroits non enneigés toute l’année, le sol sauvegarde quelques touffes, de mousses ou de lichens (toundra). Les reliefs les plus exposés sont davantage mis à nu, apparaît alors des paysages de pierriers, des champs de pierres. A l’intervalle des durées plus froides du Quaternaire, des roches sont éclatées par le gel (phénomène de gélifraction, voir plus en aval).

  

Ce phénomène nous a renseignés sur la force de l’élément eau, de l’état liquide à l’état solide. Des essais en laboratoire au milieu du XVIIIème siècle, effectués par le Major Québécois William, le prouve. En effet, il parvient à faire éclater des boules d’aciers évidées de leurs charges explosives, après les avoir remplies d’eau et les avoir disposées à la congélation. Cette expérience est relatée dans le manuel de géologie « Histoire de la Terre », de E. Aubert en 1909.

 

  Elevation de la température depuis 12 000ans croquis et tableau du pléistocène Guy PEGERE.jpg

Dans son ouvrage «Géologie

de la France» (1974), Jacques

Debelmas rappelle qu’au Pléistocène

moyen et supérieur (ère quaternaire)

le Massif Central connut

des circonstances climatiques

majeures, avérées de phases

de glaciations. Selon l’auteur,

Professeur à l’Université de

Grenoble I, les glaciations

étaient de type polaire.

Les températures pouvaient

atteindre - 60°C pendant

les mois les plus froids,

ce qui est comparable à la

Sibérie du Nord-Est en hiver.

  

Durant l’ère quaternaire, des climats glaciaires se succèdent sur les reliefs de l’Auvergne. Cela se vérifie grâce aux études effectuées sur la flore des zones marécageuses de tourbières. Ces études démontrent que nous vivons, depuis environ 10 000 ans, dans un climat tempéré malgré des sursauts de petits âges glaciaires. Des géologues et biologistes considèrent que depuis l’avènement de la société industrielle, soit depuis environ trois siècles, les activités humaines ont eu des conséquences sur le climat de la planète (réchauffement climatique) et ont engendré une nouvelle ère géologique, concédée : l’Anthropocène. En raison des changements climatiques et environnementaux, l’Homme se rappelle aujourd’hui au bon souvenir de la nature, de l’interconnexion entre l’humanité et le monde naturel sur lequel elle vit.

 

 

Eau et gel modèlent la montagne :

  

L’englacement des hautes terres de la montagne Auvergnate fut relativement considérable, estimé de quelque 4 000 km², d’une épaisseur de l’ordre de 100 à 300 mètres, les hautes terres volcaniques Puy de Sancy, Puy Ferrand, Signal du Luguet, Plomb du Cantal, Puy Griou, Le Puy Mary, sont enneigées toute l’année. Le Puy Mary persiste en squelette décharné par l’érosion, divisé en sept spectaculaires et panoramiques vallées approfondies par l’action des langues glaciaires, rayonnantes comme les branches d’une étoile autour d’un des vestiges du volcan Cantal.

  

Aux phases paléo-climatiques froides, le substrat rocheux particulièrement soumis au gel était soumis à une intensive érosion. En géologie ces processus géomorphologiques de météorisations par cycles de gel et de dégel, avec pour effet le déplacement de matériaux des couches superficielles, a pour nom : gélifraction. En haute montagne aux environs de 2700 mètres, le dégel estival ne se rencontre qu’à une profondeur de l’ordre de 30 à 60 centimètres, en-dessous le pergélisol est gelé en permanence.

  

 

L’Auvergne Sibérienne :

  

De singuliers processus périglaciaire se découvrent dans le modelé des espaces plats de la grande Limagne Clermontoise, sols polygonaux, comparables à ceux de la grande Sibérie. Autour de Sarlièvre et de Cournon se reconnaissent des structures géométriques superficielles dessinant des cercles de pierres, de configuration hexagonale, variant de 0,50 à 2 mètres de diamètres. Les pierres ne dépassant pas la taille du poing. Elles sont visibles tout autour du gonflement des sols, gonflement lié aux phases de grands froids.

  

À partir du XVIIIème siècle sont émises, parmi les naturalistes, de nouvelles conceptions aux circonstances glaciaires. Les naturalistes s’accordent alors en agitateurs d’originales terminologies. Les Anglais sont pionniers quant à l’interprétation de la déformation des roches et du sol en surface, sous l’effet du gel. Ils caractérisent chaque circonstance climatique. Pour le ramollissement du sol du au gel et le glissement de terrain induit en présence de boue, le Suédois Anderson (1836) usa du mot : solifluxion. Edelman, en 1832, féconde celui de : cryoturbations pour les bombements superficiels du sol, relevant de manifestations glaciaires et d’affaissement en phase de dégel.

 

 

L’action mécanique du vent :


  

Galets Eolisés à Facettes  Gîte du Champ Pointu 43Guy PEGERE.jpgLors des effets d’alternances de gel

et de dégel, des parois rocheuses

instables se détachent et de gros

blocs anguleux s’entassent à la base.

Toujours en climat périglaciaire,

lorsque les vents violents parviennent

à chasser la neige, la terre est mise

à nu ainsi que les roches affleurantes.

Les roches les plus gélives et, donc les plus fragiles, se fragmentent. Les pierres de la taille du poing (issues de la gélifraction) sont les plus vulnérables à leurs corrasions. Corrasions provoquées par les chocs des grains de sables transportés par les vents dominants. De la durée des tempêtes de sables, des fragments de roche finissent par se façonner en galets dit à facettes. Nous aborderons leurs processus de conformation plus loin, n’étant en rien ordinaire aux galets usés de formes ovoïdes, ceux des rivières et océans.

  

 

D’un niveau sonore jusqu’à 100 décibels :

  

Pendant les épisodes glaciaires, la montagne Auvergnate éprouvait de puissants vents. Leurs vitesses provoquaient des dépressions barométriques identiques à celle de nos jours en Islande ou sur les Iles de l’Océan Antarctique, de l’ordre de 100 kilomètres heures et plus. L’aérodynamique des particules grossières de sable, entrainées par les vents, se déplaçaient entre 30 et 60 centimètres du niveau du sol, par sauts successifs, irréguliers d’un point à un autre, pouvant s’accumuler. Le terme saltation prend, de ce fait, tout son sens. Les déplacements de spores de sables sont démontrés en 1936 par l’Anglais Bagnold, filmant en soufflerie leurs progressions, effectivement par bonds assez courts.

 

Planche et croquis galets à facettes Guy PEGERE.jpg
  

Les vents, en milieu périglaciaires,

s’observent dans les déserts froids

de l’Antarctique, d’une puissance

à retourner des pierres d’une dizaine

de centimètre de diamètre. Les grains

de sables, pris par les vents corrosifs,

se transportent en fonction des irrégularités

topographiques et de la densité végétale.

Dans toutes les régions désertiques,

les fines poussières se déploient

en d’impressionnantes tempêtes à en

obscurcir le ciel, avant de retomber à de longues distances. J’ai de vifs souvenirs du Sahara Algérien, où ses tourbillons de sables, succédaient à une sensation enivrante… Les chameaux tournaient alors le dos et refusaient d’avancer.

  

Les premières mesures régionales du vent remontent à 1901, à partir de l’observatoire du Puy de Dôme (1465 mètres). Aussitôt constatés pendant quarante-sept jours, des vents de 15 à 20 mètres par seconde, dix-neuf jours de 20 à 25 mètres, deux jours de 25 à 30 mètres une journée à 33 mètres. Selon J. R. Plumandon, responsable de l’observatoire, les vents soufflaient en tempête d’une vitesse dépassant les 25 mètres par seconde, essentiellement du Sud-Ouest. En appliquant la règle de trois, on obtient d’un vent de 20 mètres/seconde, une vitesse de 72 kilomètres/heure, de 30 mètres/seconde 108 kilomètres/heure. Un vent de 160 kilomètres/heure permet à une personne de se pencher dans le sens du vent, redresser les jambes et toucher le sol de ses mains sans tomber !

  

Lors de la mémorable tempête du 28 décembre 1999, au triste bilan de 83 décès, le vent souffla à Aurillac de 144 kilomètres à 165 kilomètres/heure. Ce vent d’Ouest, régionalement appeler vent de la nuit, n’avait pas failli à sa réputation aux alentours de minuit.

  

A l’évidence la force du vent est proportionnelle à sa vitesse, à 3 mètres/seconde le vent développe une force de 1,125 kg/m², 15 mètres seconde 28 kg/m². Un ouragan d’une précipitation de 30 mètres seconde, sa puissance de 112 kg mètre carré.

  

 

L’Histoire d’un grain de sable :

  

Au cours des cycles glaciaires du Massif Central se déposèrent depuis les zones dynamiques périglaciaires des sédiments détritiques meubles sablo-limoneux d’origine éoliens : les lœss. Des limons jusqu’en Touraine, le Bordelais et la région de Toulouse. Bien qu’il n’est pas spécialement signalé en montagne Auvergnate d’accumulations éoliennes lœssiques ; Alphonse Julien (1869) reconnut, près de Murat, un petit dépôt de lœss de quelques mètres cube d’une tranchée fraîchement creusée pour le chemin de fer. De son périple Cantalien, Julien observe à son passage à Neussargues, nombreuses roches erratiques polies et striées.

  

 

Roches chaotiques en galets à facettes :

 

Galets Eolisés à Facettes  Vieille Brioude  43 photo et inventaire Guy PEGERE.jpg
  

Ces puissants vents chargés de sable

sont parvenus à user les pierres gisant

sur le sol, créant des facettes originales

sur des galets dits éolisés. Des pierres

de la grosseur d’un œuf à celle d’une

mandarine sont observables, en pyramide

trirectangulaire aux angles émoussés,

les plus longues facettes dépendantes

de la direction des vents dominant.

Des champs de pierrailles éolisées

subsistent en Auvergne, comparables

aux Regs des régions désertiques.

  

En France, les galets à facettes abondent dans le triangle Myens-Avignon-Laudon (Gard), de Collioure-Banyuls-Maury. J’en détiens des échantillons récoltés aux alentours de Narbonne. En 1878, pour le naturaliste Montpelliérain Paul Cazalis de Fondouce (1835-1931) ces galets ne pouvaient être qu’un héritage de vents plus forts que ceux connus dans la région, les concevant d’anciens déserts chauds. A l’époque, pour un géologue, une analyse liée à l’érosion éolienne était encore peu concevable. Les premières identifications de galets formés par les vents reviennent à Travers vers 1870, aux alentours de Wellington en Nouvelle-Zélande. Les pétrographes Anglais leurs légueront la terminologie : Three-facetted Stone, les Allemands : «Dreikanters» prononcés : draill.

  

En 1968, j’effectue mes premiers prélèvements de galets éolisés sur les hauteurs de Vieille-Brioude, au hasard d’une prospection sur les filons de barytine. Puis en 1970, à Lorlanges au terroir « champ-pointu », je prélève d’autres galets à l’encontre d’indices de rutile. La corporation des géologues du Massif Central connaissait seulement les galets à facettes à Châteauguay, Pont-du-Château, au nord de la grande Limagne de Clermont et à Brassac les Mines par Jean Didier, (1954) de la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand. 

 

J’ai localisé des galets à facettes à Brassac, des terrasses alluviales fossiles de l’Allier, aux coteaux «Prés des Pierres» et «Côte de l’Air», à + 50 mètres du niveau actuel de la rivière. Lors de ma rencontre en 2005 avec Jean Didier (1932-2013), je lui ai fait part de mes observations sur ces galets, singulièrement hydro-éolien. Leurs morphogenèses moins émoussées seraient dues à une exposition différenciée en fonction de périodes données ; exposition aux vents en saisons estivales et, a contrario, immersion en saisons ce qui explique ainsi leurs facettes moins émoussées.

  

Pour percevoir leurs degrés d’usure, Aimé Rudel (1956) s’avise de les exposer sous une lumière rasante, afin de mieux en distinguer les impacts de grains de sables propulsés par les vents.

 

Galets Eolisés à Facettes  Gîte terrigène de Zaubarie Vieille Brioude 43Guy PEGERE.jpg

  

Les galets à facettes aux terroirs

Zaubarie (Vieille-Brioude 731m),

et Champ-Pointu (Lorlanges 612m)

se vérifient seulement éluviales,

leurs vernis mats à cireux, doux

au touché, rougeâtres, à bruns

noirâtres plus concentrés à ceux

hydro-éoliens de Brassac. Les galets

noirs à sombres résulteraient d’un

milieu réducteur, vermillon, d’un milieu

oxydant. Leurs épigénisations ne sont

que d’une fine pellicule résistant

néanmoins à un ponçage appuyé.

  

 

Audacieux transformisme graduel :

  

Les niveaux des galets hydro-éoliens de Brassac les placeraient fin du Pléistocène moyen, - 781 000 à - 126 000 ans. Des alluvions de la même période, au nord de la Limagne de Clermont, ont livrés un impressionnant bestiaire de la dernière glaciation Auvergnate : Mammouths, Rhinocéros laineux, Mouflons, Bisons...

  

 

La glace en mouvement : le glacier

  

Louis Bourguet (1678-1742), qui depuis sa jeunesse est à la recherche de principe d’ordre dans la nature, est le premier à déterminer l’éloignement de gros rochers de leur lieu d’origine, après avoir observé en 1741, des roches erratiques cristallines sur les pentes calcaires du Jura, étrangères à cette région. Remarque partagée en 1808, par l’Ecossais John Payfair (1748-1819) pour qui, ces grosses pierres n’avaient pu qu’être transportées par les glaces. Jean Penaudin, guide du Valais, intrigué par la nature de certaines masses rocheuses, contraire à celle du Jura, en informa en 1817 le naturaliste de terrain Suisse, Jean de Charpentier (1786-1855). Ouvert à la «Révolution Glaciaire», il convient aussitôt que les glaciers, d’une façon générale, avaient dépassé leurs limites jusque là envisagées, pour avoir adonné des roches arrachées à leurs passages.

  

 

Couchant sur une paillasse de foin.

  

Vers la fin XVIIIème siècle, on commença à soupçonner la descente des glaciers dans les vallées, par un mouvement analogue à celui des rivières, mais encore aucunes observations scientifiques ne viennent corroborer de théorie rationnelle. En téméraire glaciériste, Agassiz vécut deux étés sur le glacier Suisse de Grindelwald en 1847 et 1848. Il s’abrita d’une cabane en pierres de moraines, couchant sur une paillasse de foin. Il disposa des pieux en différentes parties du glacier, puis sur ses bordures. Les bâtons plantés dans la langue glaciaire avancèrent plus rapidement que ceux placés sur les parements rocheux. Les piqués dressés au milieu du glacier avaient avancé dans le sens de son déversement, s’arrangeant en forme d’un V. Les révélées donnèrent une vitesse de 10 centimètres à 1 mètre par jour. Pour en mesurer son abaissement aux mois les plus chauds, il perça la glace de thermomètres.

  

Désormais, dès la deuxième moitié du XIXème siècle, la mobilité des glaciers est généralement comprise, après les publications d’Henri Milne Edwards (1800-1885), Docteur en Médecine, Professeur de zoologie, au Muséum d’Histoire naturelle et d’Achille Comte (1795-1856) Professeur au Lycée Charlemagne à Paris. Lesquelles dans leurs «Cahiers d’Histoire Naturelle»  caractérisent leurs mouvements lents et progressifs, non pas d’un épiphénomène dû à une action exclusive de la pesanteur, puisque bien loin d’être accélérés dans leurs parties les plus basses. E. Hagenbach-Bischoff (1888) et Rob Emden (1893) conçoivent la congélation de l’eau en grain des glaciers par l’intervention de forces moléculaires.

 

Traversée de la mer de glace à Chamonix 1900-Inventaire Guy PEGERE.jpg
  

John Tynall, (1820-1893) auteur

en 1861 d’une remarquable

publication «The glaciers of Alp

& Montaineering», suite à son

expédition au Mont-Blanc en 1849,

évoque que le seul fait du dégel-regel

des glaciers suffisait à leurs mouvements.

A cette époque des aventuriers glaciologues,

le Mont-Blanc avait toujours cette invective

de Mont - Maudit. Le savant  naturaliste  Genevois

 

Horace Benedict De Saussure (1740-1799) s’affronta sur les pas d’Hannibal Barca, en habit de cérémonie à la livrée de Saint-François de Sales. Ceint d’une redingote, chaussés de grande et élégante bottes de cuir noir, dit à l’anglaise, d’un profil peu rassurant pour de la neige gelée, Horace Benedict De Saussure partit à la tête d’une caravane de 18 porteurs et parmi cette blanche chenille processionnaire, son épouse.

  

Les premiers aventuriers des neiges éternelles, des années 1810-1900, nous renseignent déjà prodigieusement sur les changements de régimes des glaciers. Les limites des glaciers Mont-Blanc et Mont-Rose ce seraient réduites de 1812 à 1818, suivi d’une avancée rapide et inquiétante… Régressant entre 1821 et 1824, ils avancèrent de 1826 à 1880, puis stationnaient six ans pour avancer à nouveau de 1837 à 1839.

  

D’une certitude tangible sur la mobilité des glaciers Alpins, une échelle abandonnée en 1788 par H. B. De Saussure, pour franchir périlleusement les crevasses, corroborent les observations antérieures. L’échelle est retrouvée en 1832 à 4 420 mètres en aval de son abandon. Le parcours est d’une centaine de mètres par an. De Saussure entreprit la visite des monts d’Auvergne durant l’été 1795.

  

 

Anciennes glaciations permo-carbonifères :

 

Henri Lecoq photoGuy PEGERE.jpg
  

Henri Lecoq (1802-1871) Pharmacien,

Professeur des Sciences Naturelles,

originaire du Nord, arrivé en 1826

à Clermont-Ferrand en qualité

d’Inspecteur des Poudres et Salpêtre,

membre de la Société Géologique

de France… N’admettait que difficilement

les hypothèses de glaciations en certaines

contrées de l’Auvergne, les rejetant plus

catégoriquement pour d’autres. Son autorité

sur la géologie Auvergnate était immense,

se dressait-il en posture d’amour-propre.

Louis-Guillaume Figuier (1819-1894)

ne représentera pas les anciens glaciers

du Massif-Central sur sa carte d’Europe glaciaire, malgré les insistances du glaciologue de renom, Edouard Collomb (1796-1875).

  

De sa prodigieuse œuvre de 563 pages « Des Glaciers et des Climats ou des Causes Atmosphériques en Géologie » (1847) Henri Lecoq concevait seulement de neiges éternelles qu’aux Alpes Suisses, après s’être rendu sur place. Louis-Guillaume Figuier relate dans son ouvrage «Aux Périodes Glaciaires» : «Comment faire accepter du lecteur cette idée que des plaines, aujourd’hui riantes et fertiles, ont été couvertes jadis, et pendant un temps fort long, d’un immense linceul de glace et de neige». Le pharmacien Naturaliste de Montpellier poursuit : «Pour la faire admettre, ou pour en établir les preuves, il faut porter son attention sur une partie de l’Europe, choisir un pays où existe encore aujourd’hui le phénomène glaciaire, et prouver que ce phénomène, aujourd’hui localisé dans ces contrées, s’est étendu pendant les temps géologiques, à des espaces infiniment plus vastes». Louis-Guillaume Figuier désigne les occupations glaciaires des Alpes, du Jura, des Pyrénées, des Vosges et de Corse. D’aucune pour la France Central, embarrassé certainement par le dictat de Lecoq, par courtoisie ou une politesse prudente…? Confortant par la même le Naturaliste Clermontois, en habile tribun, déjà un personnage fort bien accrédité des naturalistes.

  

Dans son ouvrage sur les Naturaliste (1900) Antoine Vernière diatribe de son ami Lecoq, « son autorité était-elle que, malgré d’évidences sur bien des points, on n’osait pas s’affranchir de sa doctrine » puis d’un achèvement « Nul ne pouvait visiter utilement les monts d’Auvergne, sans être mis sous l’égide de Monsieur Lecoq ». A l’heure des voyages scientifiques, Lecoq rencontrait et accompagnait quasiment tous les esprits scientifiques d’élite, Français et étrangers, en témoigne ses très nombreuses correspondances.

  

Pour ne pas froisser Henri Lecoq, dans sa notice les «Annales Scientifiques, Littéraires et Industrielles de l’Auvergne» (1828) E. Th. Kleinschrod, bien que complète sur les spécificités géologiques du Plateau Central, s’abstient de mentionner les glaciers. Le pharmacien Clermontois était le rédacteur en chef de la revue. Il occupait la Chaire d’Histoire Naturelle de la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand. Animateur de Sociétés Savantes locales, très sollicité, il se disposait de faire savoir le savoir, attirant aux balcons des sciences, une nombreuse assemblée d’hommes et de femmes. Henri Lecoq sera le guide, du 25 août au 6 septembre 1833, de la découverte des volcans de la chaîne des Puy, lors de la première réunion extraordinaire de la jeune Société géologique de France, créée en 1830.

  

 


 Philippe Glangeaud photo Guy PEGERE.jpg

A l’inauguration de la stèle en souvenir

de P.A. Julien à Clermont le 20 mai 1907,

Philippe Glangeaud (1866-1930),

son successeur à la chaire de Géologie

et de Minéralogie, apostropha sur

les glaciers du Massif Central,

les polémiques pas complètement éteintes.

  

Pierre Alphonse Julien, membre

de la Section du Club Alpin  d’Auvergne,

conçoit, de son voyage à Saint-Etienne,

d’anciens glaciers du Plateau Central.

De son observation à la Fouillouse depuisPierre Alphonse JULIEN photo Guy PEGERE.jpg

une tranchée du chemin de fer, d’énormes

blocs de roches variées à angles vifs, liés

par des graviers et du sable durci, il entrevoit

un dépôt morainique. Les tranchées de

chemin de fer nouvellement creusées

représentaient une opportunité pour les

naturalistes. A. De Lapparent publie

 en 1888 : « Géologie en Chemin de Fer ».

  

Accompagné du Professeur Jean Giraud

de la Faculté des Sciences de Clermont,

Julien reconnait à Barlet (bassin houiller de Langeac)

des brèches en amas confus, de divers

morceaux roches cristallines anguleuses,

cimentées de parties plus finement broyées dérivant de ces mêmes roches, les octroyant

d’un évènement géologique glaciaire, permo-carbonifère.

  

Le Carbonifère, période géologique de l’ère Primaire, de – 360 à – 295 millions d’années avant l’ère actuelle, est d’une durée de forêts exubérantes, marécageuses, de grands lacs entourés de sommets englacés. Henri Amiot, Ingénieur au corps National des mines, auteur d’une étude approfondie du bassin houiller Langeac (1888), mentionne des morceaux anguleux de micaschistes et de gneiss, de rognon de quartz arrondis, empâtés dans une argile noire mais ne les situent pas dans une formation glaciaire.

  

 

Des glaciers jusque dans son lit :

  

P.A. Julien reconnait une proéminence glaciaire en dépôt morainique au-dessus de Lempdes, de cailloux et de blocs. Poursuivant ses pertinentes observations, des traces de polissage de glacier sur les abrupts rocheux des ruines de la forteresse féodale de Léotoing, il considère l’avancée glaciaire des hauteurs de Lempdes comme étant d’une puissance considérable…

  

Marcellin Boule (1861-1942) fit allusion à Julien de cette tournure de langage, à propos d’une occupation glaciaire au-dessus de Lempdes : «Julien finira par voir des glaciers jusque dans son lit». P.A. Julien (1838-1903) était pharmacien, professeur en charge dès 1874 de la première Chaire de Géologie et de Minéralogie de Clermont-Ferrand. Personnage ironique envers ses collègues, capable de colères mémorables… Il ne supportait encore moins les plaisanteries sur sa personne…

  

Depuis les hauteurs de Lorlanges dans l’axe du supposé glacier de l’Allagnon, une vaste dépression lagunaire, colonisé de roseaux, de plantes insectivores est visible. Cuvette ellipsoïdale de 200 mètres, en pentes douces, à fond plat, s'enfonçant de quelques mètres des herbages à moutons. Un sondage biochimique du lac de Lorlanges serait un excellent outil de datation, relatif aux climats passés.

 

 

Sources de vie micro-organiques :

  

Aux premières décennies du XXème siècle, le savant Suédois Gérard Jakob de Geer (1858-1943), fondateur de l’Institut de Géochronologique, spécialiste de la datation des glaces, prit pour témoins chronologiques, les décomptes annuels des dépôts de varves argileuses glaciaires et lacustres. Le procédé affirme les fluctuations climatiques humides et arides, les strates de couches claires indiquant les périodes d’étés, les sombres, plus riches en matières organiques, les saisons hivernales.

 

 

Un amas de glace morte :

 

Cuvette lacustre post-glaciaire de Lorlanges photos Guy PEGERE.jpg
  

Le lac de Lorlanges serait-il un lobe

de glace morte, fondu sur place ?

De semblables cuvettes lacustres

en forme de chaudron sont dénommées :

 Kettle, chez les géomorphologues anglo-saxons,

Sölle pour leurs collègues allemands.

Près de Lorlanges, de petites marres

se sont transformées en biotope à canards : Clamonet, Lachaud, Angelane, Servières…

  

Le lac de Lorlanges nous renvoie à l’achèvement des dépressions structurales marécageuses du plateau de Lacapelle-Barrès (au sud ouest du Plomb du Cantal). Yvonne Boisse De Black Du Chouchet les comparant aux «Sölle» d’Allemagne du nord, creusés par la fonte de glaces rompues de glaciers.

  

Un mètre cube de neige fraîchement tombée, d’un poids d’environ 75 kilogrammes… En 1938, au Laboratoire de Climatologie de Rennes, André Meynier survenait au calcul d’une épaisseur de trente mètres de neige, d’une pression exercée de 30 tonnes au mètre carré. De son ouvrage «Les Anciens Glaciers du Massif-Central» (1931), l’on peut observer la photographie d’une plaque de neige persistante sur le Coyan, entre la Jordanne et la Cère aux environs d’Aurillac, responsable d’un évidement de 50 à 60 mètres de diamètre, de 7 à 8 mètres de profondeur. Dans son opuscule « La Topographie Glaciaire de l’Auvergne » (1895-1896) Marcellin Boule désigne ces excavations creusées par l’action des glaciers dans la roche dure de : «Rock-Bassin».

  

Jean-Baptiste Rames (1832-1894) qui fit naître la vocation de géologue à Marcellin Boule édite dans le « Moniteur du Cantal » de juillet 1866, d’anciens glaciers polaires et de glaces flottantes dans le Cantal. Par glaces flottantes devons-nous comprendre des glaciers de vallées ? L’Apothicaire Aurillacois Jean-Baptiste Rames, dans son ouvrage «Géologie Populaire, Philosophique et Athée» préparé à Toulouse au cours de ses études de pharmacie dans la ville rose, fait allusion au glacier Allagnonais, avant d’y renoncer. Pourquoi ce revirement ? Par crainte de froisser son ami Henri Lecoq certainement.

  

Antoine Vernière rappelle à deux reprises : Lecoq n’envisageait pas leurs véritables natures. Alors qu’à la même époque surviennent en Auvergne les observations des renommés glaciologues Collomb et Marcou. Ces derniers constatent que les assertions de Julien, à propos des glaciers, sont justifiées.

 

 

Le lac de Brioude :

  

André Meynier (1931) fait observer que certains auteurs ont cru pouvoir reconstituer, dans le Massif-Central, la trace de plusieurs invasions glaciaires, mais n’ont pu s’entendre parfaitement sur le nombre et sur l’importance des différentes glaciations. En témoigne ainsi la littérature des auteurs fins XIXème début XXème siècles.

 

Reconstitution du bureau d’Adolphe Boisse Ingénieur des Mines Bouzouls 12 Photo et invantaire Guy PEGERE.jpg
 

Selon Yvonne Boisse De Black Du Chouchet (1951)

l’espace temps aurait été plus long, entre la glaciation

occupant des plateaux et celles pénétrant les vallées

profondément creusée. Selon la glaciologue,

les régimes glaciaires du plateau de l’Artense situé entre

les Monts Dore et les Monts du Cantal, d’une altitude

oscillant entre 700 et 1000 mètres, seraient de quatre périodes successives européennes : Günz, Mindel, Riss, et Würm. La fin du Würm apportera seulement de petites coupoles de glaces locales.

  

A propos des différentes configurations glaciaires, Alfred Durand répartit dans ses « Notes sur le Glaciaire dans le Nord du Cantal »

  

            1° Une glaciation de plateau qui recouvrait, non seulement le massif volcanique, mais encore une large zone des terrains primitifs, qui sert de socle localement.

  

         2° Une glaciation mixte, les hauts plateaux entièrement recouverts donnaient naissance à de nombreuses langues glaciaires qui s’écoulaient par des talwegs. Cette glaciation a laissé les traces les plus considérables de l’érosion glaciaire dans le nord du Cantal, toutes les vallées ont été approfondies mais surtout celle qui étaient alimentées par un cirque. (Comprenons, un bassin collecteur de neiges).

  

         3° Une glaciation de vallée, seuls les talwegs principaux ayant un cirque en tête furent parcourus par des glaciers. Cette modélisation glaciaire est beaucoup moins importante que la précédente.

 

 

Pour les quatre périodes glaciaires successives, précédemment évoquées par Yvonne Boisse De Black Du Chouchet, elles se situent en général au Pléistocène : Günz la plus ancienne, entre -1 200 000 à -700 000 ans, Mindel : entre -650 000 à -350 000 ans environ, Riss : entre -325 000 ans à -130 000 ans environ, Würm : entre -110 000 ans à -10 000 ans environ toujours par rapport au temps présent. Tous ces phénoménaux évènements climatiques sont fractionnés de périodes plus tranchées dites interglaciaires. L’interglaciaire actuel persiste depuis 10 000 ans environ.

 

Carte dressée par Yvonne Boisse de Black du Chouchet 1951 sur les dépôts glaciaires  inventaire Guy PEGERE.jpg
 

Yvonne Boisse De Black Du Chouchet

pouvait s’exprimer d’un avis autorisé,

diplômée d’études supérieures en Géographie,

Docteur à l’Université de Paris…

Très impliquée sur les climats glaciaires

et sur leurs déroulements, elle diffuse

ses investigations confirmant de ce fait

sa passion pour la géologie du Massif central.

Elle était aussi collaboratrice aux relevées

géologiques des cartes, d’Aurillac, Saint-Flour,

Mauriac au 80.000e éditées en 1932,

en collaboration avec des professeurs Auvergnats

de renom, Marcellin Boule et Philippe Glangeaud.

  

Les relevés de cartes géologiques requièrent

des observations méthodiques de terrains,

nécessairement à pieds, demandant une bonne

résistance physique. Chaque géologue

est en général un homme seul... S’accomplissant méticuleusement aux espaces à cartographier, km² par km². Yvonne Boisse De Black Du Chouchet devait être poussée par une volonté de fer pour ses laborieuses missions.

  

P. A. Julien évoque des débris rocailleux à faciès de périodes froides, au sud de la Limagne de Clermont. Pierre Bout, Maître de Recherches, Docteur ès Sciences, corrobore dans son ouvrage de 1960 la possibilité d’une grande surface d’eau à la hauteur de Brioude. Incontestablement de nombreuses anciennes terrasses alluviales sont visibles. A Brioude cette grande surface se caractérise par une cuvette lacustre de 3 à 4 kilomètres de largeur, 18 kilomètres de longueur, au Sud du horst granitique de Vieille-Brioude, barré et rompu au Nord à la Rochetaillade, au Saut du Loup. Ce qui ressort de la faune des sablières du Pont du Château : des ossements plus ou moins roulés ce qui implique un fort débit de l’Allier par l’échappée d’une banquise de blocs de glace résultant d’un réchauffement.

  

A Scoularoux, hameau en limite des petites Limagne de Brioude et d’Issoire, un agriculteur dégagea en 2010, d’une ancienne couche alluviale de l’Allagnon à la côte 540 mètres, soit 120 mètres du niveau actuel de la rivière ; le squelette complet d’un cheval à une profondeur de deux mètres, d’un état de conservation exceptionnel. Frédéric Surmely, conservateur du patrimoine à la direction régionale des affaires culturelles, considère l’animal comme étant un ancêtre du cheval moderne, plus petit, mesurant 1,35 m semblable à un gros poney (Hipparion ?). Son positionnement au-dessus de l’Allagnon le déclinerait de plus de 100 000 ans, ce qui laisserait envisager une origine du Pléistocène supérieur. Sa découverte se situe proche du site paléontologique de Chambezon, remarqué vers 1880 par l’abbé Tronchère, d’où un grand nombre d’Hippopotamus Major y fut déterminé par Marcellin Boule, (1898). Suivant André Thonat (1969), la faune fossile de Chambezon trouvée dans les éboulis volcaniques serait du Miocène, la plaçant de 6 à 10 millions d’années.

 

Moraine des Glaciers de Neussarge et d'Allanche 15 Guy PEGERE.jpg
 

Quand les naturalistes Auvergnat

s’accomplissaient en agitateurs d’idées

aux lectures de paysages glaciaires :

vallées en chenaux à profil régulier,

amas de pierres… Comme souligné,

s’appuyant de toute son autorité

géologique… Henri Lecoq déniait

l’englacement du Massif Central Français.

Pourtant, près du Chambon des Neiges (63),

était observable un gros bloc erratique volcanique abandonné par la fonte d’un glacier Montdorien. Un gros rocher détaché du sommet des Monts du  Cantal, à Paschou du petit bassin de Neussargues, repose sur la partie frontale de la moraine qui l’a transporté. Visité par un groupe d’une quinzaine de naturalistes vers 1900, doit-on y reconnaitre sur un cliché pris pour immortaliser l’instant (anonyme, Arch, dép, du Cantal), Philippe Glangeaud, Pierre Marty et parmi les Dames sa belle-sœur Yvonne Boisse De Black Du Chouchet ?

 

Moraine de Neussargues 15 Guy PEGERE.jpg
  

La moraine de Neussargues, entaillée en 1987

pour l’élargissement de la route de l’école,

a permis la distinction d’un conglomérat glaciaire,

de roches volcaniques  anguleuses,  arrondis,

sans calibrage, contenu d’un limon interstitiel.

Moraine abandonnée sur des cinérites,

d’une épaisseur de 50 mètres selon

André Meynier (1931).

 

 

Origines des stries glaciaires :

  

Des Monts d’Auvergne les anciens glaciers se caractérisent ainsi donc, de roches moutonnées, ondulées, usées, bosselées, polies en dos de baleine, nombreuses à l’Ouest du lac de La Crégut (Plateau de l’Artense). Parmi les blocs abandonnés aux alentours de Chalinargues, nombreux sont marqués de stries. De son ouvrage «La Terre et les Mers» (1864), d’un magistral coup de plume Louis-Guillaume Figuier représente des roches moutonnées, abandonnées au terme du recul d’un glacier. Parmi ses correspondants, le naturaliste de Brioude, Antoine Vernière (1841-1906), Historien et Archéologue notoire, auteur d’un précieux et rare recueil «Les Voyageurs et les Naturalistes en Auvergne et le Velay» publié en 1900 à Clermont-Ferrand. Antoine Vernière sera le biographe de son ami Henri Lecoq.

 

Stries Glaciaires la Pinatelle Chalinargues 15 zoom.jpg
  

L’exposition temporaire de 2005

au Muséum Lecoq à Clermont-Ferrand,

en l’honneur de P. A. Julien, montrait

la collection du naturaliste Auvergnat,

des fragments de roches volcaniques

éraflées de stries glaciaires, dont la provenance

indiquée était celle des Monts du Cézallier.

Un jeune archéologue vint à créer des ambiguïtés

chez les géologues Auvergnats en indiquant

que les stries se rapprochaient d’autre chose

que des empreintes issues des temps glaciaires…

Il suggéra que ces marques ancrées dans

la roche furent le fruit d’un passage répété de charrue, muni d’une lame de Bronze… !!! Un achèvement mathématiquement impossible, un araire ne peut pas passer dans les mêmes saillies de 2 à 3 millimètres de profondeurs d’une pierre de la grosseur d’une betterave, sans qu’elle ne soit retournée à chaque labour. Les roches striées sont principalement rencontrées à l’étage des prairies Alpines, entre 1000 à 1200 mètres d’altitude. Plusieurs mois de l’année, les températures sont inférieures à zéro degré, éliminant toutes possibilités de cultures.

 

Sur les vieux vitraux des églises :

  

Galets Alluvial à stries glaciaires.jpg

J’ai constaté de nombreuses roches

striées tout au long de mes courses

géologiques de l’Aubrac, au Cézallier,

en passant par le Sancy. D’analogue à

1000 mètres d’altitude, depuis les hauteurs

Ouest du bassin hydrographique de Brioude,

distinctement à Lubilhac ; certaines stries

restent peu perceptibles lorsque les lichens

sont recouvreurs de ces roches. L’Abbé Pomel (1946) mentionne les atteintes des stries glaciaires par l’activité bactérienne des lichens, pareillement corrosifs sur les vieux vitraux des églises d’altitude. Charles Martins (1806-1889) sera le premier à concevoir ses hachures d’origine glaciaire après avoir dégagé des roches striées sous un glacier et retrouvé les pierres qui les avaient gravées.

  

Somme toute, les glaciers Auvergnats furent de type Alpin c’est-à-dire de vallées, en opposition aux immobiles inlandsis, de grande épaisseur de glace, couvrant d’importantes surfaces continentales près des pôles. Les occupations glaciaires du Massif Central furent relativement de calottes, d’extensions et d’ampleur inégale selon les hivers, leurs épaisseurs aussi différentes, de plusieurs centaines de mètres à une dizaine de mètres. Nécessairement chaque zone climatique a son propre potentiel agronomique, où les espèces évoluent dans le milieu qui leurs conviennent le mieux. L’absence caractérisée de flore et de faune d’un territoire est consécutive à sa dégradation.

  

 

D’anciens grands hivers :

  

Parmi de distincts reliefs glaciaires : les Drumlins, en petites collines oblongues engazonnées accrochées à des tertres rocheux, d’une largeur de 2 à 10 mètres, 50 à 300 mètres de longueur, d’un auteur 40 à 80 mètres. Les plus caractéristiques se rencontrent à La Godivelle, à Brion, au sud du lac de La Crégut, et au nord de la Planèze de Saint-Flour. Yvonne Boisse De Black Du Chouchet, (1951) indique, sur la route de la Crégut, ces buttes moutonnées donnant au paysage un aspect touffu.

  

Marcellin Boule, Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, depuis sa «Topographie Glaciaire en Auvergne» (1895-1896) considère qu’au Pliocène supérieur les cratères du Plomb du Cantal (1858m) et le Sancy (1886m) s’élevaient à 1000 mètres au-dessus des hauteurs actuelles. Les faisant regarder de 3000 mètres d’altitude. C’est aux érosions glaciaires qu’il faut replacer la destruction des cônes éruptifs, incisés de profondes vallées du passage des langues glaciaires. Pour André Meynier (1931) les sommets de l’ancien Cantal seraient de volcans polaires. L’Aurillacois Pierre Marty (1869-1942) Membre de la Société Géologique de France, concédant à l’ancienne Auvergne des reliefs aux neiges éternelles et d’avalanches à partir de 2 700 mètres.

  

Les plus hauts sommets volcaniques Auvergnats approchent les 2000 mètres, leurs enneigements pouvant créer des plaques de neige (congère en surplomb) parfois créant des avalanches mortelles. Le mot avalanche n’est pas trop fort pour ses montagnes à vaches, des coulées de neige surviennent à se rompre sous leurs propre poids, déséquilibrant de grosses masses rocheuses. De tragiques événements font dates des journaux Cantaliens, : 1795, 1842, 1845, 1870, 1901, 1958. En janvier 1918, à la nuit tombée la burle dégringola d’une grosse corniche de neige au-dessus de Varneyre, écrasant deux maisons, faisant trois victimes, tuant de nombreuses têtes de bétails. Les survivants durent attendre deux jours à pouvoir chercher du secours à Laviolle à deux kilomètres. Pierre-Jean Alriq (2004) relate une avalanche meurtrière au cours de l’hiver 2002-2003 des hautes vallées du Cantal.

  

Certains hivers, gardons-nous le franchissement du Col de la Fageole (1132 m). L’autoroute disparaît en quelques minutes, se confondant aux prairies sous plus d’un mètre de neige. La Planèze de Saint-Flour se remplie de congères isolant les villages plusieurs jours. Legrand d’Aussy donne le ton, depuis son «Voyage Fait en 1787-1788 dans la Ci-Devant Haute et Basse-Auvergne» parlant de l’Ecirs, Mangeurs d’Hommes, (nom local d’un vent de l’Ouest).

 

 

Sous un tas de fumier chaud :

  

Un voyageur retrouvé claquemuré de neige fut transporté dans une ferme proche pour le réanimer, on le glissa sous un tas de fumier chaud…. Qu’on se rassure... Une mésaventure du petit âge glaciaire, 1846-1847. D’un précédent sursaut glaciaire, 1709-1710 le blé en terre est tué, pénurie de pomme de terre. La neige monte  prodigieuse jusqu’aux hanches. Les arbres éclatent comme des pétards et le gibier ne survit pas. Apparue enfin la famine suivie d’épidémies de typhus, dysenterie et fièvres divers… Les conséquences : 1,3 millions de Français sont plongés dans un désarroi total. Au coin du feu les charognes de chiens gelés gisaient, des chevaux que les français consommaient malgré un état avancé de pétrification. Le vin gelait aussi, même dans le verre du Roi.

  

La plus basse température enregistrée du Massif central, durant ces trente dernières années, est de moins 30 degrés en l’hiver 1985 à Saint-Flour. Dans son « Guide  le Voyageur dans le Département du Cantal » le Juge de paix Henri Durif (1860) stipule que le climat du Cantal est très changeant, variant selon les hauteurs des lieux et leur exposition. Selon l’auteur, en hiver, la plus grande intensité du froid se vérifie fin décembre jusqu’aux premiers jours de février, ce qui se révèle exact encore.

  

Bloc Erratique de Paschou à Neussargues 15.jpg

En considérant les travaux du géographe

Auvergnat Lucien Gachon (1894-1984),

le Massif Central baigne dans une lutte

incessante des influences océaniques et

des influences continentales, d’où contribuent

des combinaisons variées de climats locaux.

Le climat des Monts du Cézallier, du Cantal

et du Sancy sont soumis à une dynamique

environnementale de pays montagneux, aux longs et rigoureux hivers. Les circonstances périglaciaires n’y sont pas rares de nos jours : glissements de terrains, éboulements dus aux retraits des neiges et du dégel mais aussi par décompression de parois rocheuses.

  

 

Une steppe froide en Auvergne :

  

Louis Agassiz (1807-1873) présuma, dès 1840, d’une période de l’histoire de la terre marquée essentiellement d’épisodes glaciaires (Quaternaire). Louis Agassiz, Docteur en médecine, Président de la Société Suisse des Sciences Naturelles, membre de la Société Géologique de France, lors du congrès (1837) de la Société Géologique Suisse, en excellent orateur, fit part à l’assemblée, que le climat européen fut très largement recouvert de glaciers.

  

L’extension d’une steppe froide en Auvergne, durant le Quaternaire, est exprimée par Aimé Rudel (1970), membre de la Société Géologique de France, Agrégé d’Université, Professeur à l’Ecole Normale de Clermont-Ferrand, auteur d’ouvrages de géologie pour les élèves de 4ème. Aimé Rudel évoque les mammifères fossiles d’une époque, où les températures oscillaient de 0 à moins 10 degrés en janvier, ne dépassant pas 17 degrés en juillet. Les étés sont courts, froids, les hivers très rigoureux. Les saisons intermédiaires, le printemps et l’automne, sont quasiment inexistantes. J’ai de vifs souvenirs des captivantes conférences d’Aimé Rudel (1912-1975). Avec simplicité, il savait passionner son auditoire.

  

Dans son « Traité de Géologie » de 1907, Emile Haug (1861-1927) interpelle à propos d’hypothétiques épisodes interglaciaires : «Pendant longtemps les géologues n’ont eu connaissance que d’une période de grande extension glaciaire, qu’ils plaçaient au début du quaternaire et en lui donnait le nom de période glaciaire». Emile Haug, président de la Société Géologique de France en 1902, procure une abondante bibliographie d’auteurs français et étrangers, les plus impliqués en géologie fondamentale.

  

 

Une spécialiste des glaciations de l’Auvergne : Yvonne Boise De Black Du Chouchet

 

 

Cirque glaciaire d'Artout Anzat-le-Luguet 63 photo et inventaire Guy PEGERE.jpg

Le sujet de thèse d’Yvonne Boise

De Black Du Chouchet pour obtenir

le grade de Docteur à l’Université de Paris,

« Les Glaciations de L’Auvergne », (1951)

résonne comme une boite à outil de 140 pages.

Elle interprète des coupes de profils de

paysages glaciaires.  Elle  ajuste  leurs  périodes

glaciaires secteurs par secteurs. Elle détermine

les confluences de vallées glaciaires,

leurs cascades ou gorges de raccord entre paliers structuraux. Elle particularise les vallées en auges et leurs surcreusements post-glaciaires, définit les formations fluvio-glaciaires, leurs déports des réseaux hydrographiques. Elle Caractérise aussi les drumlins du premier glaciaire, du second, notifie les alignements de reliefs relevant de la topographie de Fjell, ou Fjeld. Expression Scandinave des plateaux glaciaires aux ondulations peu prononcées.

  

Elle situe enfin la vallée du Brezons, au pied du volcan Cantal, et évoque une morphologie glaciaire des plus grandioses pour le Cantal. Appréciation partagée par le volcanologue Haroun Tazieff, confirmant en cette vallée, un des plus beaux profils glaciaires d’Europe.

 

Pierre Marty Document Guy PEGERE.jpg
  

Yvonne Boisse De Black Du Chouchet

débuta ses investigations géologiques

en explorant le Massif Central. Sa révélation

à la géologie dès 1910, par son beau-frère

Pierre Marty, témoigne d’une certaine

admiration pour ce dernier. Sa passion

pour les Sciences de la Terre aurait fait

la fierté de son grand-père,

Adolphe Boisse (1810-1896). La petite Yvonne

avait deux ans à son décès. Ingénieur des Mines,

membre de la prestigieuse Société Géologique

de France fondée le 17 mars 1830 pour

l’avancement des sciences, il était membre d’un groupe reconnu d’utilité publique par ordonnance du Roi le 3 Avril 1832.

  

Yvonne Boisse De Black Du Chouchet d’un caractère aimable, appréciée pour sa gaieté naturelle, savait aussi

se montrer drôle... Par ses tournures de phrases, faisant esclaffer de rire son entourage. Elle s’exprimait d’une éloquence appuyée, ajustée de conversation attrayante. Le choix universitaire de la jeune Yvonne fut certainement mal aisé pour une femme puisque, à l’époque, il est difficile de s’imposer dans un milieu exclusivement masculin, celui des études géologiques. Femme instruite, elle était fatalement regardée avec méfiance... Certains s’interrogeant sur sa crédibilité.

  

En 1910, elle est l’une des premières Françaises à obtenir un certificat de capacité à la conduite, alors que les Torpédo... commençaient à concurrencer le cheval, le train… On l’imagine confrontée aux hippomobiles Belle–Epoque, volant cerclé de bois, aux efforts inouïs pour les démarrages à coups de manivelle, les freinages incertains... Elle était passionnée de ski qu’elle pratiquait en solitaire sur les pentes des Monts Lozériens, sur les vastes espaces au-delà desquelles l’horizon se confond entre ciel et  neige, comme deux mondes qui se touchent... Elle vogua, tout au long de son existence, des décors de banquises jusqu’aux lieux des hurlements lugubres des loups, se rappelant au bon souvenir de leur ancêtre légendaire et vorace, la Bête du Gévaudan.

 

Yvonne Boisse de Black du Chouchet (1894-1992) Inventaire Guy PEGERE.jpg

Une photographie de 1910 révèle

une jeune femme d’une saisissante

mise en toilette, un visage jovial

esquissé d’un radieux sourire, d’une

sensualité à tenir en haleine les peintres.

 

Yvonne Boisse De Black Du Chouchet

décèdera dans sa 97ème année, le 16 mars 1989

à Boulogne Billancourt. L’émérite glaciologue

repose au cimetière de Rochechouart

dans la Haute-Vienne.

 

Point de déluge universel :

 

Assurément au déroulement de notre propos,

la Montagne Auvergne se révèle de climats glaciaires.

Leurs enchainements érosifs ont résulté

à la beauté des paysages et, avec les volcans,

une indéniable empreinte identitaire de territoire.

  

A cette évidence glaciaire cataclysmique à la perception humaine, citons une invective de Monsieur Voltaire qui se scandalisait d’un Déluge Universel par la preuve Biblique.  «Tout est miracle dans l’histoire du déluge… Il serait insensé de l’expliquer, ce sont de ces mystères qu’on craint par la foi et la foi consiste à croire ce que la raison ne croit pas, ce qu’est un autre miracle». Georges Cuvier (1769-1832)  «les cadavres de quadrupèdes saisis par les glaces, leurs peaux, leurs poils et leurs chairs, conservés jusqu’à nos jours, fait que s’ils n’avaient pas étaient gelés aussitôt que tués, la putréfaction les aurait décomposés. Et d’un autre côté, cette gelée éternelle n’occupait pas auparavant les lieux où ils ont été saisis, car ils n’auraient pas pu vivre sous pareille température». Depuis 1771, après la découverte en Sibérie sur les Bords du Viloui d’un Rhinocéros pourvu de sa toison, l’on a commencé à se familiariser à l’idée de l’ancienneté des couches terrestre à travers les débris qu’elles renfermaient. Rappelons qu’il y a de cela trois ou quatre siècles, le déluge universel était encore une explication rationnelle et courante pour répondre à la réalité des fossiles. La lente accumulation des connaissances proprement géologiques s’effectuera courant XIXème pour enfin donner les premières explications que l’on pourrait qualifier de « scientifiques » au XXème. L’abbé Pomel, dans son Bulletin Paroissial «Le Signal du Luguet», n° 76, année 1946, évoque avec justesse, la géomorphologie glaciaire des contrées du Cézallier. Loin de se fier aux bibliques aspirations diluviennes, il présente à ses ouailles, en spectacle de la nature, ses hypothèses glaciaires. Bien qu’habituée à de longs hivers neigeux et froids, la population locale fut prise de stupeur à la représentation de glaciers. Le curé d’Anzat mit pourtant en évidence le surcreusement des vallées de Valbeix et d’Artout à des reliefs en creux de type Alpin. La très belle vallée glaciaire d’Artout n’avait pas non plus échappé à la vision éclairée d’Yvonne Boisse De Black Du Chouchet.

  

L’abbé Pomel illustre trois pages polycopiées de coupes glaciologiques, publication introuvable des chaumières ! Le théologien donne à voir la vallée de Lestauves-Saroil, occupée d’une curieuse moraine terminale en biseau dans la continuité du contour de la petite dépression. Il situe quatre glaciations locales du Cézallier et déplore l’absence de cartes des limites glaciaires, à l’inverse des relevés effectués pour les Alpes et les Vosges, argumentant ainsi : «il est vrai qu’il fut un temps où l’on refusait de constater les traces de glaciers et que l’on lapidait celui qui ne les dissimulait pas sous un air triomphal». Bien que reculé en pays montagnard, le curé d’Anzat le Luguet avait perçu un son de cloche sur les dissensions intestines de certains naturalistes qui se refusaient d’admettre les glaciations de l’Auvergne.

  

A parcourir en soutane, les monts et vallées du Cézallier, le curé Pomel, était-il regardé comme le Loup Blanc, ridiculisé de ses paroissiens, comme ce fut le cas pour l’Abbé de Montessagne, en raison de leurs goûts scientifiques. L’intrigant abbé Pomel aurait pu connaitre la mésaventure de l’Anglais George Poulett Serope, (1797-1876) quand, voyageant vers 1825, le marteau à la main, la maréchaussée de Besse l’arrêta et la présenta à un Juge de paix. On l’inculpa comme conspirateur. Il sera converti en prisonnier d’Etat !

  

Henri Vernière (1900) relate les intrigues des populations campagnardes, au cheminement de ces hommes portant un sac au dos et un marteau à la main, dont ils se servaient pour casser des pierres. Des botanistes, souligne l’érudit, on savait à quel usage les plantes étaient destinées.

 

 

Que conclure :

  

Galets Alluvial à stries glaciaires vallée de l'Allagnon Massiac photo et inventaire Guy PEGERE.jpg

L’histoire géologique et paléontologique

démontre notre veille terre comme un astre

ayant subi des climats très différents dans

la poursuite des temps, temporairement

très chauds ou très froids.

  

Les reliefs du Massif-central se déterminent

de caractéristiques glaciaires, par des sommets

déchiquetés, de vallées longues et étroites

en forme de U, amas de débris  de roches,

de roches striées, de pierres usées par les vents corrosifs chargés de sable, jusqu’à les métamorphoser en galets à facettes.

  

La paléoclimatologie du Massif-Central se vérifie de quatre régimes d’importantes masses de glaces, au cours du Pléistocène, de 2,500 millions d’années à 11 000 milles ans avant le présent. Chaque période est subdivisée d’intervalles interglaciaires tempérés, d’environ 50 000 à 300 000 ans. Comme évoqué, les glaciations Auvergnates ne furent pas de vastes occupations des cercles Polaires : Inlandsis, néanmoins d’assez conséquentes coupoles de glace, discordantes en langues glaciaires de vallées où de plateaux, d’une épaisseur d’environ 100 à 400 mètres.

  

A. Julien avait signalé à Barlet (Langeac) des vestiges d’une glaciation (Permo-Carbonifère) de – 360 à 295 millions d’années avant l’époque actuelle. Des glaciations à l’ère Primaire aux glaciations Pléistocène et discontinues de régimes climatiques distinctement tropicaux, de petits lambeaux de latérites persistent à Laroche (Bournoncle–St-Pierre), Buze (Lavaudieu 43), la Vallée des Saints (Boudes 63). Ce sont des sols rouges indurés. A l’ère Tertiaire qui débute vers 65 millions d’années, jusqu’à moins 2,6 millions d’années, les Limagnes de l’Auvergne sont aussi envahies de lacs. Sur les bords une végétation expansive regorge de vie : palmiers, roseaux, joncs, libellules géantes, crocodiles, rhinocéros, de petits chevaux aux allures de tapir… Dissimulant des gisements de mammifères divers du Villafranchien terminal et Pléistocène moyen : Perrier (Issoire 63), Chambezon (Lempdes 43), Senèze (Lavaudieu), Chilhac, (Lavoute-Chilhac, le Coupet (St Eble)), La Roche-Lambert (St-Paulien 43)… 

 

L’étage du Villafranchien est caractérisé par le début des oscillations climatiques qui vont donner les glaciations du Quartenaire.

  

Aux climato-sceptiques d’hier se manifestent aujourd’hui de rassurants climato-réalistes pour lesquelles, le temps long de la géologie est la première cause des changements climatiques. La terre tourne autour du soleil et sur elle-même. Elle est aussi impliquée dans une inclinaison par rapport à l’écliptique. Ainsi donc, l’horloge planétaire en déciderait… Selon certains climatologues, l’éloignement cyclique du soleil à la terre suivi d’une baisse de l’activité solaire serait envisageable vers 2030. Quel climat demain ? Une planète très froide, très chaude, tempérée ? Que sera notre Univers mental ? En attendant, les gaz d’échappements, les aérosols, les centrales thermiques changent bel et bien le climat… Et de nombreux polluants sont visibles dans les carottes glaciaires prélevées par les scientifiques, cela depuis le début de la Révolution-industrielle.

  

 

Guy PEGERE

 

Membre de la Société Géologique de France.

Membre de la Confédération Française

des Acteurs des Sciences de la Terre.

Membre du Groupe Géologique de la Haute-Loire

 

Brioude, Janvier 2016

 

 

 

Remerciements :

  

L’expression de mes remerciements à Madame Régine Feuilloy pour son chaleureux accueil à la propriété familiale de Bozouls, à Monsieur Jean Boisse De Black de Mérignac, Madame Maurice Perroud de Lantignié pour leur compréhension, leurs témoignages à remémorer leur chère aïeule Yvonne Boisse De Black Du Chouchet, à mon ami, Robin Fialip géographe-sociologue, pour sa relecture et en témoignage de nos activités géologiques et minéralogiques.

 

 

 

 

Orientations Bibliographiques :

 

 

Yvonne Boisse De Black Du Chouchet :

 

 -Deux points de Sorties Basaltiques de la Vallée de l’ Epie (Cantal) C.R.S.S.G.F. (1938)

 

-Renseignements sur les Phonolites des Sources de Sumène (Cantal)   C.R.S.S.G.F. (1938)

 

-Sur un Affleurement de Basalte du Cantal postérieur à une Glaciation de Vallée C.R.A.S.  (1937)

 

-Données Nouvelles sur la Constitution du Puy Violent. Volcan Autonome du Cantal C.R.A.S. (1935)

 

-En collaboration avec Pierre Marty : Sur la Constitutions du Massif Cantalien C.R.A.S. (1921)

 

-En collaboration avec Pierre Marty : Sur la Pluralité des Appareils Eruptifs du Massif Cantalien B.S.G.F.  (1921

 

-Sur l’Origine des Coulées de Basaltes au N.O. du Cantal C.R.S.S.G.F.  (1938)

 

-Sur l’Origine de certains Claux du Cantal. Revue de la Haute-Auvergne (1919-1920)

 

-Les Glaciations de l’Auvergne. Imprimerie Moderne Aurillac (1951).

 

-Le Bassin de Thiézac. Revue de Géographie Annuelle (1923)

 

-Recherches sur l’Epicycle Mindélien dans la Haute Vallée de la Cère. Comptes rendus de l’Académie des Sciences T 173.

 

-L’Erosion Rissienne dans les Hautes Vallées de la Cère et du Goul C.R.A.S T 174.

 

-Sur les Franes de la Vallée de la Cère. C.R.A.S T 172.gnatus

 

-Recherches sur les Alluvions Mindéliennes dans la Haute Valée de la Cère et sur le Plateau de Capelle-Barrrez. C.R.A.S. T 174.

 

-Origine du Lac des Bondes et Géologie de ses Abords. C.R.S.S.G.F N° 13-1949

 

-Sur l’Origine du Lac Menet (Cantal). C.R.S.S.G.F. N° 3-1958

 

-Indices d’Accidents WNW – ESE aux Environs de Riom–ès-Montagnes (Cantal) C.R.S.S.G.F N° 7-1953.

 

-Observations sur la Commissure entre le Cantal Occidental, le Mont-Dore et le Cézallier et le Volcanisme qui l’accompagne. C.R.A.S p 1577 mars 1959

 

-Extension et Faciès de l’Oligocène aux Environs de Mauriac et de Champagnac-les-Mines (Cantal) C.R.S.S.G.F. février 1958

 

-Déplacement des Axes Hydrographiques vers le Nord-Est entre la Vallée du Mars et Celle de la Grande-Rhue. C.R.S.S.G.F. N° 3-1961.

 

-Rôle du Volcan 1005 mètres (plateau de Pons) dans l’Evolution du Réseau Hydrographique aux Abords de Riom-ès-Montagnes (Cantal) C.R.S.S.G.F. N° 3-1961.

 

-Essai d’Interprétation sur l’Origine du Remblaiement des Vallées Affluentes de la Dordogne. Revue de la Haute-Auvergne 1961.

 

-Notions Nouvelles et Hypothèse sur le Volcanisme et la Tectonique du Cantal Septentrional et Occidental. R.H.A. 1964.

 

-Le Glaciaire de l’Aubrac Revue de Géographie Physique et de Géologie Dynamique (1935)

 

-A Propos de la Carte Géologique de la Feuille d’Aurillac. Revue de la Haute-Auvergne (1970)

 

-Observations Complémentaires sur les Formes et Dépôts de la Vallée de la Petite Rue. Revue de la Haute-Auvergne (1945-1946)

 

-Observations Nouvelles sur l’Ouest du Cantal. Bull. Serv. Carte Géologique de France (1939)

 

-Remarques sur l’article de M. Michel Leymarie : « L’Orpaillage Aurillacois est un mythe, mais l’Or de la Jordanne ?  » Revue de la Haute-Auvergne (1961)

 

-Sur une Inversion du Relief au Nord du Cantal Revue de la Haute-Auvergne (1961)

 

-Nouveau Gisement de Pegmatitoïde à La Sagnette, Cantal. Bulletin de la Société Géologique de France VII (1965)

 

 

Félix Grellet : Eloge Biographique de l’Abbé Croizet, Membre de l’Académie des Sciences (1863) et de la Société Géologique de France.

 

Albert Auguste Cochon De Lapparent : Traité de géologie Editions Masson Paris (1900) 

 

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M. Campy J.J. Macaire : Géologie des Formations Superficielles Editions Masson (1989).

  

Jean Jung : Précis de Pétrographie Editions Masson (1969).

  

Max Derruau : Les Forme du Relief Terrestre (cinquième édition) Editions Masson (1989).

  

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Aimé Rudel : Curiosités Géologiques d’Auvergne et du Velay Editions Volcans Clermont-Ferrand (1970).

  

Aimé Rudel : Les Sols Polygonaux actuels et Sols Polygonaux Fossiles Revue des Sciences Naturelles d’Auvergne - Volume 18 (1952).

  

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Pierre Marliac : Essai sur l’Histoire de la Pharmacie dans le Puy de Dôme. (Soutenance de Thèse du 6 novembre 1942, Faculté de Pharmacie de Strasbourg).

  

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La Haute-Auvergne : 05 février 1842. 08 et 15 mars 1845. 02 janvier 1847.

  

Le Moniteur du Cantal : 05 février 1870.

  

Revue de la Haute-Auvergne (1906). 

 

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André Thonat : Les Alluvions Fossiles de L’Allagnon » Rev. Sc. Nat. d’Auvergne Vol 35 (1969).

  

Guy Pegere : La Cuesta de Beaumont à Bournoncle-St-Pierre (43)

 

//guy-pegere-cuesta-tropicale-beaumont-bournoncle-saint-pierre-43.blog4ever.com/

  

 

Notices consultés sur place :

  

Louis Figuier Médiathèque central d’Agglomération Emile Zola de Montpellier section Patrimoine N° - 20649. Discours aux Obsèques de Madame Figuier née Juliette Bouscaren (1827-1879) Médiathèque central d’Agglomération Emile Zola de Montpellier section Patrimoine N°- 65746.

 

 

 

 

 

 

 





05/03/2016
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